Ces jours-ci, face au désormais bien connu démon de la couture, je me suis sentie un peu comme Mougli face à Kaa.

 

Allons allons, aies confiance. Regardes comme c'est joli !

Euh, oui mais ... ça a l'air compliqué.

Mais non, c'est tout simple, allez vas y !

Maiiis, le patron, c'est un taille 38, c'est pas franchement ma taille ça !

C'est rien, on va l'ajuster. Tu verras, ce sera facile.

Mais mon beau tissu ! Si je me trompe, il sera tout fichu !

Aucun risque ! Je suis un pro ! De toute façon, si tu ne veux pas, je prends les commandes !

Alors voilà, une fois de plus, je me suis faite avoir. Faut dire qu'elle avait vraiment l'air sympa cette petite robe tirée de mon dernier magazine japonais.

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Son seul défaut, comme de nombreux modèles japonais, c'est de ne pas avoir de "vrai patron" comme ceux qu'on peut trouver dans Burda mais une esquisse détaillée réalisée pour une taille donnée uniquement (généralement taille S ou 36-38 car les japonaises sont peu épaisses). Alors il faut passer un certain temps pour ne pas dire un temps certain à adapter le modèle à ses propres mensurations. Du coup, la couturière débutante a fort à faire et moi aussi, même si je ne suis plus tout à fait tout à fait une débutante.

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Heureusement, me dis-je, pas de souci puisque j'agis à mon corps défendant sous l'influence démoniaque d'un pro, un vrai de vrai !

Ouais, ben il s'est un peu avancé le pro quand même et j'en ai eu des sueurs froides. Et puis quelle idée il a eu de choisir comme tissu un magnifique jersey hors de prix (bon, pas trop quand même heureusement et puis faut pas pousser non plus) que quand tu coupes dedans tu manques de défaillir en te demandant si tu n'es pas en train de faire une erreur magistrale (voire la pire de ta vie tellement qu'il est beau et que tu ne veux pas te louper) et que même les surplus de couture tu veux pas les jeter alors que tu ne pourras jamais rien en faire. Ce qu'il avait oublié de me dire ce fichu démon, pour mieux m'abuser et me convaincre de coopérer, c'est qu'à coudre le jersey, c'est une vraie plaie ! Parce que pour galérer, j'ai bien galéré sur ce coup-là.

D'abord, je ne sais pas comment j'ai réussi à me débrouiller mais, à la première couture, j'ai tellement bien fait bourrer ma machine à coudre que j'en ai cassé une aiguille. Du coup, j'ai remplacé celle d'origine par une aiguille spéciale jersey (que je savais même pas que ça existait ces machins-là, décidément, on en apprend tous les jours). Confiante en ma nouvelle aiguille, je me lance à l'assaut de ma première couture droite (eh oui, on y va mollo quand même, le zigzag, c'est compliqué). Côté bourrage, pas de souci, la nouvelle aiguille semble avoir régler le problème, côté couture par contre .... Ben, en fait, ma machine à coudre s'est avérée NE PAS coudre, ou alors, un point sur 3 ou 4 dans les bons moments. Là, ça a commencé à m'énerver un tantinet.

Après avoir manqué passer tissu et machine par la fenêtre (bon, du rez-de-chaussée, la machine aurait peut-être survécu), chercher désespérement à régler tension de fil et largeur de point (des fois que ça serve à quelques choses ces machins là), m'être dit qu'au lieu d'une thèse en physique j'aurais mieux fait de faire une thèse en démonologie ou en machine à coudre ou les 2, j'ai fini par changer d'aiguille, oui, encore, pour en prendre une spéciale microfibre (car, ça aussi, ça existe).

Eh la Puce, pourquoi t'as fait ça ? Excellente question que celle-ci. Alors en fait, en regardant de plus près mon aiguille spéciale jersey, je l'ai trouvé un peu grosse. Alors l'unique neurone survivant encore dans mon cerveau (à moins bien sûr que ce ne soit encore l'influence du démon de la couture) m'a soufflé que si ma machine ne cousait pas, c'était peut-être parce que l'aiguille ne traversait pas le tissu mais le poussait simplement et vu le taux d'élasticité conséquent de mon jersey, cela ne paraissait pas si idiot. Les aiguilles microfibres sont, elles, très nettement plus fines (genre aiguilles à quilter pour ceux qui connaissent). J'ai donc tenté le coup et je ne regrette pas puisque j'ai enfin réussi à assembler 2 misérables morceaux de tissu. Euh, une petite précision pour les débutantes. N'utilisez jamais une aiguille à microfibre pour faire un ourlet de jean, elle n'y survit pas.

Bon, je passerai sur la suite de mes déboires mais je tire quelques conclusions de la réalisation de cette robe :

- d'abord, je m'améliore considérablement en couture puisqu'apparemment, je suis capable de recréer un patron à partir de mes mensurations à moi. Promis, bientôt, je me lance dans la totale improvisation.

- ensuite,vu que ce n'est pas le premier tissu qui me pose des problèmes et que je n'ai jamais réussi à faire fonctionner le mode boutonnière même en suivant le mode d'emploi (je dois être moi aussi une grosse handicapée quelque part), et que dans mes blogs de couture préférés tout le monde change de machines à coudre et que ça me donne très envie, je sens que la mienne ne va pas tarder à trépasser vite fait parce que franchement, elle m'énerve !

- encore ensuite, je commence aussi à en avoir assez de passer mon temps à m'habiller et me déshabiller avant de monter à l'étage où il y a des miroirs pour voir comment tombent les vêtements que je fais pour faire les ajustements et qu'il serait peut-être temps que je réfléchisse à m'acheter un mannequin.

- enfin, vu le cri d'extase d'Azraël quand j'ai enfilé la robe terminée, ça valait la peine de se donner autant de mal. La preuve en image.

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