Huum ? Mais qu'est-ce que c'est que ce bruit ? D'où est-ce que ça vient ?

Ooooh, mais c'est mon petit blog qui pleure ! Allons allons, calme toi. Mais non, je ne t'ai pas abandonné ! J'ai été enlevée !

Mais tout va bien à présent. Je suis de retour. Et tu verras, tout va rentrer d'en l'ordre

(enfin, j'espère bien)

Eh oui, ça fait un sacré bout de temps que je n'avais rien publié et tout autant que j'ai abandonné mes bloggeuses préférées mais je vous juge que ce n'est pas ma faute. Figurez qu'il y a quelques semaines (mois ?, je ne sais plus trop, le temps s'écoule différemment dans la vraie vie et dans les plans infernaux apparemment), j'étais tranquillement chez moi en train de prendre mes marques dans mon nouveau job de directrice 1ère et 2ème années dans mon école d'ingé quand soudain, je vois un démon encore inconnu au bataillon foncé sur moi et hop, me voilà embarquée par la faille dimensionnelle dans mon salon.

Alors croyez le ou non, mais j'ai atterri dans une autre dimension, un plan infernal réplique parfaite de notre monde, à un petit détail près que c'est empressé de m'expliquer Directus Infernatus Testus Démonicus (oui, ça aime les noms à ralonge les seigneurs démons), le démon qui m'avait embarqué. Paraîtrait que, dans son plan d'existance, tout est comme dans le monde des humains sauf qu'on peut y faire se produire à peu près n'importe quoi, de l'apparition d'une licorne à un tremblement de terre en passant par un lever de soleil rose. Du coup, les démons désireux de venir chez nous y font des stages d'entrainement pour apprendre à passer inaperçu en toutes circonstances.

Bon, ok, je comprends. Seulement, c'est bien beau tout ça mais qu'est-ce que je fiche là moi ! C'est que j'ai du boulot qui m'attend !

Justement, c'est pour ça que t'es là !

(d'un ton docte de maître d'école pas commode)

Heiiiin ?

(d'un ton ahuri de la fille qui pige que dalle)

Mes petits collègues qui squattent chez toi sont très inquiets ! Apparemment, ils pensent que tu ne seras pas capable de faire face à tes nouvelles fonctions ce qui va nuire à tes autres activités. Couturus a déjà enregistré une baisse sensible de ta productivité tout à fait inadmissible. Et je ne parle pas de Tricotus qui se morfond depuis des mois ni de Pâtissus qui n'en peut plus des cakes tout simples et veut retrouver ses entremets à insert dare dare !

Non mais hé ho ...

SILENCE !!!! Tu es ici pour t'entraîner à faire face à toutes les situations auxquelles tu pourrais être confrontée à présent. Au boulot ! Et que ça saute ! On a du pain sur la planche !

Et pour sauter, je vous prie de croire que ça a sauté et pas qu'un peu. J'ai été soumise à un feu roulant d'épreuves plus ardues les unes que les autres. Bon, là, je vous sens dubitatif. Mais qu'est-ce qui pourrait bien arriver de si terrible dans la vie d'une directrice 1A-2A (comme on dit en abrégé par chez nous). Ben je vais vous en faire une petite liste non exhaustive, du plus simple au plus complexe. Vous allez pas être déçus du voyage.

Ca a commencé par l'épreuve de l'étudiant en retard aux exams ou comment 3 étudiants déboulent dans ton bureau pour t'expliquer que le prof leur a fermé la porte de la salle d'examen au nez, alors que le dit examen n'avait pas commencé, parce  qu'ils avaient 2 mn (si si seulement 2 mn j'ai vérifié par la suite) de retard. Sachant que dans l'école, aucune des horloges n'indiquent la même heure, perso, je trouve ça un peu raide. S'en suit bien évidemment l'épreuve de la négociation avec le prof responsable de l'examen pour voir comment gérer la situation. Épreuve assez rapidement suivie de l'épreuve du paquet de copies perdues ou comment trouver une solution satisfaisant toutes les parties sans réorganiser intégralement un examen suite à la perte d'un paquet d'environ 40 copies, toujours avec le même prof (si si, c'est possible). L'avantage de cette troisième épreuve, c'est qu'elle simplifie grandement la seconde, le prof devenant brutalement nettement plus conciliant (on se demande bien pourquoi tiens ?).

Après ce petit démarrage en douceur, on a attaqué l'épreuve des convocations ou comment tu fais défiler un bon quart de la promo des 1ère années dans ton bureau (soit une soixantaine d'étudiants) en moins de 15 jours pour, au choix, les engueuler, les consoler, les orienter, les aider, les envoyer chez le psy ... parce qu'ils ont tellement foiré leurs examens que, s'ils ne redressent pas la barre illico, ils vont redoubler leur année. Bon, vous me direz, c'est pas la mort cette histoire sauf que, depuis sa création, on n'a jamais dépassé les 10 redoublants par an, toutes années confondues à l'école. alors là, forcément, 60 et rien qu'en 1A, ça choque et que c'était panique à bord dans les hautes sphères !

Bon, je passe pudiquement sur l'épreuve de gestion des étudiants en phase de dépression qui se barrent sans prévenir que t'es à 2 doigts d'appeler les flics parce que t'as aucune idée de ce qui a pu leur arriver (là, je parle de ceux qui logent à l'école et pour lesquels donc, quand on ne les voit plus et qu'ils ne répondent pas quand on sonne à la porte de leur chambre, on peut légitiment de faire du souci) ou de ceux qui se pointent pas aux examens et qui, quand tu leur demandes pourquoi te répondre "parce que".Tout comme sur l'épreuve de mon homologue pour les 3A qui tombe en longue maladie et qu'on se retrouve avec son taf à gérer en plus du notre.

Et on arrive à l'épreuve incontournable du prof d'info qui plante les 2/3 des étudiants à son examen de programmation sur ordi, examen agrémenté d'une splendide panne informatique à 1h de la fin et qui a, selon les étudiants, duré de 15 mn à 1h, avec effacement des fichiers non sauvegardés et/ou sauvegardés mais c'est pas grave puisqu'il leur a laissé 20mn de temps supplémentaire pour plancher.

Dans le même registre, on a aussi eu droit à l'alerte incendie en plein examen d'éco mais là, heureusement, ça a été plus facile à gérer.

Mais le nec plus ultra du test de la mort qui tue, c'est le logiciel de scolarité complètement dingue qui :

  • est incapable de calculer une moyenne juste
  • arrive à valider l'année des étudiants avec 40 ou 120 ECTS. Sachant que la règle européenne dit qu'une année scolaire complète compte au total 60 ECTS, ça laisse rêveur. Je me demande en particulier quand est-ce que l'étudiant validant avec 120 ECTs a bien pu trouver le temps de dormir !
  • inscrit 4 fois le même cours sur les relevés de notes et le compte 4 fois pour la validation de l'année
  • change les nationalités des étudiants de façon aléatoire et pas tout le temps
  • dit que certains étudiants n'ont pas rendu les devoirs de certains cours et donc ne les valident pas (ce qui est un peu normal quand les étudiants en question ne sont pas inscrits dans les dits cours)
  • empêche l'inscription des nouveaux étudiants pour la rentrée et la réinscription des anciens dans leur nouvelle année ce qui fait qu'on ne peut pas préparer la rentrée prochaine.

Et j'en passe. L'effet secondaire du logiciel fou, c'est que, pour préparer les prochains jurys de passage, j'ai dû subir l'épreuve du tableau excel infernal ou comment mettre en place une solution de remplacement au tableau de jury foireux fourni par le logiciel fou.

Et voilà comment, quasi néophyte d'excel, je me suis retrouvée à mettre au point un tableau permettant de calculer les moyennes de blocs de cours indépendants (7 à 9 blocs par étudiants, chaque bloc comptant de 2 à 9 cours différents et chaque cours se voyant validé soit par une note, soit pas un Validé/Non validé), vérifier qu'aucune note n'était inférieure à 6 grâce à des tests et des mises en forme conditionnelles, vérifier qu'aucune moyenne n'était inférieure à 10, faire le total des blocs validés etc ... Et bien sûr, parce que sinon ca n'aurait pas été drôle, j'ai dû alimenter le dit tableau en entrant à la mimine l'intégralité des notes obtenues dans chacun des cours par chacun des étudiants de 2A (en 1A, un tableau existant déjà, j'ai eu moins de boulot). Sachant qu'en 2ème année, il y a un choix de 160 cours parmi lesquels les étudiants en prennent en moyenne 30 et que j'ai un total de 231 étudiants, à votre avis, j'ai entré combien de notes (sans parler du nombre hallucinant de colonne de mon tableau). Eh oui, pas loin de 7000 notes ! Sans oublier qu'une fois entrées, il a fallu repointer chaque note une par une pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'erreur ! Sans blague, j'ai cru devenir dingue. Redoutable le Directus Infernatus Testus Démonicus.

Heureusement pour moi, Directus semble à présent satisfait de mes progrès et a décidé de me laisser regagner ma dimension. Mais, comme tout petit démon qui se respecte, il n'a pas pu s'empêcher de m'asséner une dernière attaque au passage.

Ok, t'as l'air au point et tu sembles tenir le choc. Tu vas pouvoir rentrer chez toi.

Ah ben, c'est pas trop tôt.

Au fait, je t'ai préparé une dernière épreuve mais elle se déroulera dans le monde réel.

Hein ? Quoi ? C'est une blague ?

Non non. Tu sais ton chef super cool qui fait super bien son boulot ce qui t'a permis de ne pas complètement t'effondrer pendant les épreuves que je t'ai concoqueté.

Ouiiii

(ton tremblotant de la fille qui sent la cata arriver)

Ben il s'en va ... à la fin du mois ... sera pas là pour la rentrée ... et tu devras donc gérer toute seule parce que ton autre collègue ne sera pas encore revenue de maladie !

Je sais pas pourquoi, mais je sens qu'elle va être coton la prochaine rentrée dans mon école d'ingé et que j'ai intérêt à profiter à fond de mes 15 malheureux petits jours de vacances (qui sont même pas pour tout de suite en plus).

Et vous, les vacances, la rentrée, ça s'annonce comment ?