Quand il y a un peu plus de 2 ans, Gargamel s'est initié au MAKATON, la fameuse technique basée sur la communication en langage des signes, on a franchi un premier pas dans la communication et l'échange. Enfin, il était capable d'exprimer des désirs par des mots et non des cris.

Quand on a introduit ensuite les PECS (communication par pictogrammes), il a pu commencer à structurer ses paroles et on a obtenu des ébauches de phrases. Enfin, nous pouvions envisager d'avoir une "vraie" conversation avec lui.

Puis tout doucement. Parce que oui, apprendre à parler quand on est un petit garçon ordinaire, ça prend déjà pas mal de temps mais quand on est un petit garçon pas ordinaire, ça en prend encore beaucoup plus. Tout doucement donc, les mots se sont ordonnés, les phrases se sont complexifiées mais tout en restant balbutiantes, elles prenaient du sens et devenaient compréhensibles.

Bon, faut pas pousser non plus, si je suis positivement ravie que Gargamel se mette parfois (voir souvent) à parler comme un moulin à paroles et à déclamer de grands discours, dans ces cas là, même moi qui suis pourtant censée disposer d'un décodeur de monstrosien intégré, je comprends pas 1 mot sur 20. Et il y a encore de sacrés progrès à faire. Mais de temps en temps, le moulin à paroles se calme et on a un moment de grâce.

Maman, ye veux Oggy et cafa.

Oggy et les cafards ? Ok.

Maman, maman !

Oui Gargamel, qu'est-ce qu'il y a ?

Maiyon Oggy tout là-haut !

Ah oui, t'as raison. La maison de Oggy est tout en haut de l'arbre.

Et là, on est super content. D'abord parce que ça ressemble à de vraies phrases. Mais surtout parce que, si avant il nous a déjà sorti de vraies phrases complètes avec sujet verbe complément, c'était toujours uniquement pour exprimer des désirs ou une satisfaction toute personnelle. Alors que là, c'est pour nous faire partager quelque chose qu'il voit, pour nous décrire un évènement. Mais comme l'être humain est un éternel insatisfait, on se demande comment corriger la syntaxe et obtenir la conjugaison des verbes. Oui oui, je sais, je suis jamais contente !

Et puis un jour, ou plutôt un soir, au moment du gros bisou du coucher, il se passe un petit miracle.

Maman ? Câlin maman !

Oui Gargamel, câlin

(et là je fourre mon nez tout froid, détail qui a son importance, dans son cou pour un bisou)

Maman ! Ton nez il fait tout froid ! Pffff pffff pffff

(ça, c'est un monstros qui vous souffle copieusement sur le nez pour le réchauffer avant de le tâter pour voir si ça a été efficace)

C'est parfait !

Et là, on fait calmement le dernier bisou et le dernier câlin et on file dans le couloir verser discrètement une petite larme de bonheur.